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Nougaro comme s’il était parmi nous - Henri Dominguez au Satin Doll de Bordeaux

Publié le samedi 25 mars 2006

Ce samedi soir du 17 décembre, le Satin Doll affichait un hommage à Claude Nougaro. Quelques jours avant, Henri Dominguez m’avait appelé pour me signaler son passage ce soit-là et me remercier de l’article que j’avais mis en ligne sur un site culturel. (voir http://www.culture-bordeaux.com/musiques.php ?p=18 ) . Je l’avais remercié, mais je ne savais pas si j’allais pouvoir m’y rendre. J’ai finalement pu. Et j’ai bien fait !....

Aux instruments, le trio confirmé qui constitue la base de l’Affinity quartet sans le soufflant ( http://affinityquartet.chez.tiscali.fr )

soit Francis Fontès au piano, Dominique Bonadei à la basse et contrebasse et Philippe Valentine à la batterie-percussion. Ca démarre par un magnifique version de « Cécile », où Francis Fontès fait merveille, par son sens aigu de la mélodie et du travail harmonqiue, qui en fait un des meilleurs pianistes sur la scène bordelaise. La contrebasse de Dominique Bonadei nous fait vibrer à l’exposition du thème, chaleur du bois et sûreté du jeu. Derrière, la précision du jeu de batterie ne fera pas défaut, tout au long d’une soirée qui nous offrira plus de deux heures de musique et de chant réparties en deux sets. Henri Dominguez enchaîne avec « A bout de souffle », je veux dire « Une petite fille ». Et c’est parti !

Le principe retenu ce soir-là pour continuer à faire vivre Claude et son monde est de mêler chansons et textes poétiques. Difficile pari, car encore plus dangereux de réciter un texte, seul face au micro, avec l’immense ombre tutélaire du petit taureau toulousain penchée sur vous. Pari gagné sur toute la ligne. Un échauffement sera effectué avec « le cri de Tarzan », improbable rencontre entre Johnny Weismuller et Claude Nougaro dans un bar californien. On est déjà séduit par la fidélité et la générosité du jeu de Dominguez. Il n’y a là aucune imitation servile, aucun clonage du style de « Podium », le flm de YannMoix sur Claude François. Mais une imprégnation admirative qui transpire par tous les pores du chanteur. Le point culminant de cette récitation poético-burlesque est évidemment atteint avec LE chef d’œuvre de ces poèmes distillés par-ci par-là dans les albums successifs du génial troubadour. « Plume d’Ange », cette fable sur l’espoir, la foi et la réalité du monde. « Plume d’ange » et son refrain-profession de foi du poète : « La foi est plus belle que Dieu ». Henri Dominguez est purement époustouflant dans ce petit quart d’heure de monologue. Il n’interprète pas Nougaro, il « est » le texte, il l’habite littéralement. Et nous, le public, dans un moment si rare au spectacle, nous habitons avec lui dans les mots du défricheur de futur qu’est le poète. Après cela, Henri Dominguez pourrait tout faire, il a conquis son public, qui est prêt à le suivre n’importe où . Les chansons se suivent, les connues et les moins connues. Un quart d’heure de pause pour reprendre son souffle, autant nous spectateurs qu’eux, musiciens et chanteur.

Puis remontée sur le ring. Car c’est bien un combat que livre Henri Dominguez. Un combat pour la mémoire, contre la médiocrité du monde. Il défend de toute sa vie la puissance-coup de poing du verbe libre contre la force de frappe du prêt-à-penser industriel musical. Il sait qu’il est moins fort que son adversaire, mais il sait que ce soir il va gagner, car la salle est avec lui. A la cinq ou sixième reprise (de chanson évidemment), il a déjà pris le dessus et l’adversaire est à terre. Mais ce n’est que partie remise. Demain il faudra reprendre l’entraînement et assister aux succès du vaincu de ce soir. Mais pour l’heure, nous sommes quelques dizaines à croire très fort que le jazz, la java et l’alexandrin gascon ont sauvé le monde. Demain sera un autre jour.

Nous nous retrouvons sur le trottoir de la rue Bourbon. Merdre ! il fait nuit ! Pour nous il ne pouvait que faire un grand soleil brésilien. Je remonte le col de mon pardessus, je rentre « chez mon automobile ». Mais dans ma tête courent les mots de Claude, la présence d’Henri et la qualité de ses musiciens. Un sentiment de plénitude m’habite. Le secret ? La générosité phénoménale d’Henri Dominguez, qui donne tout et même plus, dans une abnégation talentueuse qui l’honore. Alors, s’il passe près de chez vous, ne le ratez pas. C’est si rare, la générosité vraie aujourd’hui !

Jean-Michel Dauriac

Les photographies sont de Catherine Dauriac - Droits réservés -




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