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Patrick Bruel - Des souvenirs devant

Publié le vendredi 3 novembre 2006

Vous prononcez le nom "Bruel", et vous obtenez un petit sourire de commisération. La "Bruelmania" de la fin des années 1980 a laissé son onde de choc. Pour la plupart des gens, Patrick Bruel est resté ce chanteur pour petites adolescentes en pâmoison qui crient "Patriiiiick !". Du coup on a bien peu écouté ses disques ou alors avec des lunettes biaisées qui devaient toujours aller dans le même sens. Et ça continue d ’ailleurs ! Lisant le papier de la critique du journal "Le Monde", Véronique Mortaigne, je lisais la même accumulation de poncifs qu’il y a quinze ans ! Bruel est "gentil", "un peu niais", "consensuel" etc... Et puis son dernier disque s’est moins bien vendu, donc il doit être très malheureux... Essayons d’aller au-delà de cette ritournelle paresseuse qui n’honore pas ceux qui la chantent.

D’abord, dans tous les disques de Bruel, il y eu de très bonnes chansons, à commencer par "Alors regarde". Mais il a un grand défaut : il fait de jolies mélodies simples et populaires. Et comme souvent dans ce cas, on s’en arrête au refrain et à la petite mélodie qui passe en radio. Bien sûr que la foule entonnant "Place des grands hommes" ou "J’t’le dis quand même" ça a de quoi irriter, surtout si elle en reste là. Mais il faut casser l’image du personnage et vraiment écouter ce qu’il pris du temps à écrire et composer. Voilà un type qui chante depuis près de vingt ans et on reste sur lui à des clichés qui ont plus de quinze ans. Les lolitas de la fin des années 1980 ont maintenant la trentaine et elle vont bientôt venir à ses concerts accompagnées de leurs filles, elles leur apprendront le cri de ralliement. Mais ceci n’est que l’écume de l’auteur-compositeur-interprète que j’ai choisi de défendre ici, car son disque est vriament bon.

(JPG)

Dans cet album, selon mon goût, qui n’est que le mien et que tu peux conchier autant que tu veux, ami internaute, il y a au moins trois ou quatre grandes chansons. Et c’est déjà un exploit, quand on sait que certains chanteurs français doivent leur renommée mondiale à un seul titre, comme Sacha Distel et "La belle vie" ou Claude François et "Comme d’habitude". Ma préférée est une adaptation d’un poème de Victor Hugo, notre grand Victor, que Patrick Bruel a titré "Peuple impopulaire". On appréciera évidemment le talent prémonitoire du père Hugo parlant comme s’il décrivait la fracture entre le peuple et les élus d’aujourd’hui ! Mais on écoutera bien aussi ce qu’en a fait Bruel et on sera étonné de la belle adéquation entre musique et paroles. Une mélodie simple et hymnique qui ne quitte plus vos lèvres quand vous l’avez entendue. C’est cela la réussite. prendre un texte difficile d’un auteur qu’il est bon ton de mépriser aujourd’hui (Ah ! les écrivaillons et autre journaleux sans talents bavant leur fiel devant celui qui est et restera le plus grand écrivain français), oser le mettre en musique et en faire un hymne intemporel.

La seconde formidable chansons traite du délicat sujet du terrorisme, sur la même inspiration que "Manhattan-Kaboul". Mais avec infiniment plus de délicatesse et surtout en allant au coeur du problème : comment tuer au nom de Dieu ? Son titre : "Adieu", avec toute l’ambiguité du mot.

" Adieu

Nous sommes tous dans le noir

Si tu n’existes pas... au moins fais-le savoir

Adieu

Il y a tant de questions

Mes yeux sont épuisés, mon coeur perd la raison

Adieu

Nous sommes tous dans le noir

Si tu n’existes plus, au moins fais-le savoir

Adieu

Ils se réclament de toi

Dis-leur que c’n’est pas toi qui avoulu tout ça"

La troisième de ces bonnes chansons traite d’un sujet à ma connaissance pratiquement jamais abordé dans les chansons (et pour cause !) : la maladie d’Alzheimer. Là aussi avec infiniment de tendresse et de tact, Bruel parle de ce déchirement qui touche tant de familles aujourd’hui

"Drôle de maladie qui fait naufrager la mémoire

Même mon prénom et tes belles histoires

Drôles d’images de vie qui se détachent de tes souvenirs

Toi qui voudrais simplement partir...oui partir"

Elle s’appelle "Va où tu veux"

On pourrait encore citer dans les bonnes réalisations "Raconte-moi", où le fils Bruel interroge sa mère sur sa vie personnelle et nous renvoie du même coup à l’interrogation majeure : Que savons-nous de celle qui nous a donné le jour et nous a élevé ? Que savons-nous vraiment de ses amours, de ses ennuis, de sa lassitude, de ses passions, en dehors de ce qu’elle a voulu nous donner à voir ?

Les autres titres sont plus ordinaires, mais jamais insignifiants, y compris le tube "Lettre au Père Noël". Il y a certes une chanson que je trouve faible et pour tout dire à laquelle je ne comprends rien ; alors Patrick, quand tu liras cette critique, sois sympa, appelle moi ou passe-moi un mail et explique-moi le sens de "Notre plus beau visage", j’ai pas les clés.

Bon, et la zique dans tout ça ? Eh bien, là aussi une certaine évolution. Les premiers albums de Bruel étaient plus marqués par un son rock, qui avait commencé à s’effacer déjà dans l’album "Juste avant". Ici le son est très nettement acoustique avec de belles guitares 6 et 12cordes et un travail d’arrangements fins sur les parties d’orchestre à cordes notamment. Le tout dégage une impression de sérénité et de maturité.

Donc, un album réussi qui laissera au moins trois ou quatre chansons hanter votre mémoire. Par les temps qui courrent, ça ne rate pas !

Patrick Bruel - Des souvenirs devant - Sony BMG 2876781442

site officiel de l’artiste :

http://www.patrickbruel.net/

Une bio un peu académique et des renseignements sur l’acteur et le chanteur.




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