Pierre Perret pour le grand public, ça se résume au "Zizi", à "La cage aux oiseaux" ou aux "Jolies colonies de vacances". Pour les un peu moins amnésiques ou lobotomisés par TF1, ils se souviennet de "Lily", un très bel hymne antiraciste, qui prouve la force et la limite de ce qu’une chanson peut faire.

Après de longues années de silence discographiques, il revient avec un album titré de manière provocante "Mélangez-vous", comme la chanson qui ouvre la galette.
Cette chanson propose une solution sensée au racisme ambiant : le métissage total :
"quand y’aura plus
qu’une seule couleur
Ce s’ra la bonne"
Cela viendra par les femmes et leur libre choix dans l’amour :
"Mélangez-vous, mélangez-vous
C’est de la haine que tout’s les femmes
Vont nous sauver
Par elles que le racisme enfin
S’ra délecté de sa tenac’ peau de chagrin"
Une chanson qui ne plaira pas aux racistes ordinaires, de plus en plus nombreux dans nos entourages proches et qui se cachent derrière des phrases stéréotypées issues de la sarko-lepénisation des esprits. Dans le même registre, il enfonce le clou avec une chanson-hommage à Georges Brassens, formidablement bien écrite, "T’as pas la couleur", où Perrot montre combien c’est un goulu de mots et un formidable auteur. Pourrait devenir l’hymne de tous ceux qui refusent les playlists des radios et télés vendus à la médiocratie. Sans oublier "Malika" sur l’ambiguité de l’immigration des femmes noires dans leurs villages d’origine.
Il cultive toujours sa veine paillarde avec un petit bijou de parodie de chanson de marin, "Le séant déchaîné". Comment parler des choses les plus scabreuses sans jamais une once de vulgarité. C’est du niveau du"Blason" de Brassens, pour ceux qui connaîtraient. Une excellente maîtrise de l’argot, version Simonin ou Audiard, ça aide !
On retrouve les chansons plus légères, rigolotes, comme "La p’tite infirmière" ou "La philatélie" ; des contes qui brossent des portraits au fusain. "La bonne à tout faire" ou "La femme libérée" sont du pur style à Brassens, sans imitation mais par osmose.
"Le tabou du sexe" aborde le problème de la ibération sexuelle par le biais rigolo, mais dit quand même très bien la position de Pierrot :
"Adieu nos complexes
Aujourd’hui je l’avoue
Qu’au niveau du sexe
Y a plus de tabou
Un homme et un’femme
Ca n’se fait guèr’ plus
Mais essayez vous verrez
C’est pas mal non plus"
Le disque se termine sur une critique sévère de notre démocratie occidentale intitulée "Liberté zéro", qui prêche pour la liberté d’expression.
On le voit, le menu est très varié, jamais indigeste, très agréable. Il faut dire que Pierre perret s’est entouré de très bons musiciens et que c’est vraiment bien arrangé, mine de rien, car la priorité est donnée aux paroles. Bien sûr la voix a vieilli, et quelquefois elle manque de force, surtout dans les aigus, mais elle a gardé son velouté castelnaudarien si typique.
Un bon disque qui change du prêt à écouter qui inonde les ondes et les linéaires de supermarchés.
Naîve NV809011







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