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Qu’il est loin ton pays !

Publié le lundi 6 décembre 2004

Notes de concert : Avant-scène, vendredi 5 novembre 2004- 22 heures

Henri Dominguez : un hommage vibrant et de qualité à Brel et Nougaro

Annoncé à 21h30, le tour de chant d’Henri Dominguez commence une demi-heure plus tard, car on attend les spectateurs. A 22 heures, c’est correctement rempli et on démarre sur un set Nougaro, avec « Un été », formidable texte du Claude sur ce standard de jazz célèbre sous le nom d’ « Estate ». Il faut très peu de temps pour comprendre que la qualité est au rendez-vous.

Henri Dominguez n’a pas le physique de sa voix et c’est très bien ainsi. On voit s’installer derrière le micro un homme mûr, petit et légèrement dégarni, qui ne paie pas de mine. Et soudain, dès les premières phrases chantées, la magie opère. La voix chaude, juste, puissante roule les mots avec cette pointe d’accent du sud-ouest qui fait le Nougaro authentique. Une articulation très précise et une interprétation vécue achèvent l’embarquement immédiat dans l’univers poétique et jazzy du grand toulousain. La voix s’adaptera, dans le troisième set au registre brélien, plus théatral, mais tout aussi précis dans son exigence de diction.

Derrière le chanteur (mais tout près, compte tenu de l’exéguité des lieux) un trio classique de jazz impressionne dès les premiers morceaux par sa cohésion, sa précision et la justesse de son accompagnement. Car c’est tout un art d’être là sans « bouffer » le chanteur ! Sur le répertoire de Nougaro, la pratique jazz de chacun des musiciens est évidemment un atout. On n’oublie pas le chorus de piano d’ « Armstrong » ou celui du « Coq et la pendule ». Le pianiste, Francis Fontès, varie les styles, passant de la bossa nova au ragtime par le blues. Un joli solo sur « Girl Talk ». Des accompagnements solides et discrets, de la maîtrise, de-ci de-là des traits Petrucianniens. Bref, un pianiste qui assure, sans lasser. Le bassiste, Dominique Bonadei, fait des lignes de basses également très variées : sur certains morceaux de Brel, comme « Madeleine », une vraie basse de bastringue, tempo et doigté de marche, mais un très beau travail sur « La pluie fait des claquettes » où c’est véritablement lui qui ressort, par quelques traits pertinents et au son bien travaillé. A la batterie, Philippe Valentine fait des merveilles. D’abord une grande régularité et une précision remarquable dans les frappes, ce qu’on est en droit d’attendre de tout bon batteur. Mais au-delà, une grande créativité rythmique qui donne à son instrument une place éminente dans le trio, loin des pâles « boites à rythme » humaines que sont devenus certains batteurs. Ces trois-là se connaissent bien, ils jouent ensemble depuis 15 ans et cela se sent, tant la complicité est évidente. Et il en faut pour que ce répertoire soit à la hauteur de ce que ses créateurs en ont fait ! On peut en effet ânonner ces chansons, en faire de la « machine à coudre » comme disait Sagan, ce qui est à la fois une insulte pour les créateurs et le public. Mais à l’Avant-scène l’osmose a eu lieu entre le chanteur, les musiciens et le répertoire. Un grand moment à vivre.

Cependant une question me tarabuste : pourquoi certaines personnes viennent-elles dans ces bars à spectacle si c’est pour ne pas écouter les artistes. Vendredi soir vers 23 heures l’Avant-scène était bondée, difficile de circuler et de s’approcher du bar pour avoir une bière ! Mais dans ce public, une minorité de soiffards incultes, malpolis et souvent déjà aussi bourrés que la salle. Bavardages à voix hautes, réflexions subtiles pendant les chansons ou aux transitions, braillards chantant faux pour accompagner le chanteur... On touche là à la limite de ce genre de lieux de spectacles : la concomitance d’un bar et d’un lieu artistique. Au début du troisième set, consacré à Brel, il a fallu que Henri demande le silence de manière insistante et explicite. Mais au fur et à mesure qu’il chantait, les caves se sont remis à causer, à « déconner » et les artistes se sont arrêtés. Au moins trois ou quatre minutes. Et là, cette partie stupide du public n’a rien compris, continuant comme si de rien n’était. Les musiciens ont repris et ont écourté le set, écoeurés de ce mépris pour eux et pour Brel.

Ce fut la seule ombre au tableau d’une soirée marquée par la générosité, l’authenticité et le respect. Comme le disait ensuite Dominique Bonadei, le bassiste, un tel répertoire est fait pour être joué ainsi en live, dans une communion d’un soir. Encore faut-il que le public mérite l’offrande que lui font les artistes : vendredi 5 novembre, à l’Avant scène, une partie des spectateurs étaient indignes d’être là ! Mais pour la grande majorité qui sont venus pour partager le souvenir de Brel et Nougaro et soutenir des artistes talentueux, la soirée fut une réussite. Et au bout du compte, je ne retiendrai que cela. Si Henri Dominguez et ses acolytes passent près de chez vous, allez les écouter, vous ne le regretterez sûrement pas !

J.M. Dauriac

Les musiciens qui accompagnent Henri Dominguez ont un quartet de jazz qui tourne depuis plus de dix ans et qui a même sorti un compact en avril 1997 : le quartet AFFINITY. Visitez leur site : http://affinityquartet.chez.tiscali.fr/ Nous vous tiendrons au courant de leurs dates de concert dans notre rubrique programmation jazz !




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