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Qu’il est loin ton pays !

Publié le lundi 6 décembre 2004

Un hommage de chèvres, même pas persillé !

Il est des hommages médiocres qui flétrissent plus ceux qui les rendent qu’ils n’honorent ceux auxquels ils sont adressés. Ainsi de ce disque, pourtant « sélection FIP » du mois de novembre : « O Toulouse - Hommage à Claude » par Eddy Louiss (orgue), Maurice Vander (piano), Bernard Lubat (batterie) et Luigi Trussardi (contrebasse) Tous quatre ont accompagné Claude Nougaro, notre grand chanteur mériodanalo-jazzistique disparu il y a si peu et qui nous manque déjà tant ! Maurice Vander a marqué la geste Nougarienne par l’importance de sa présence, ses compositions, cette formidable aventure du disque « Une voix, dix doigts » où il tourna en duo piano-voix avec Claude. Eddy Louiss est aussi un grand « compagnon de route », comme on disait dans un certain contexte politique autrefois. Nul n’a oublié son travail jubilatoire sur « Paris mai... » par exemple. Bernard Lubat partage avec Claude cet amour du jeu sur les mots, en plus d’avoir été son batteur. J’avoue que Luigi Trussardi ne m’a pas marqué et que je suis incapable de le citer spontanément dans le cadre de l’oeuvre de Nougaro. Mais peu importe. Ceux-là ont côtoyé le petit taureau à l’accent rocailleux de Garonne. Il est donc légitime qu’ils aient de la peine à la perte d’un tel ami. Et il est tout aussi normal qu’un artiste utilise son art pour dire sa douleur et l’exorciser un peu. Ce disque, et d’autres qui suivront, est parfaitement naturel et attendu. Mais autant je comprends la motivation profonde, autant je n’adhère pas à la démarche choisie et au résultat final, et je m’étonne qu’une radio aussi compétente en jazz que FIP ait mordu à la grosse ficelle des quatre lascars.

De quoi s’agit-il ? De rendre donc un hommage au Claude. OK. Le jazz a tellement suinté de toutes ses chansons que ces jazzeux expérimentés sont tout désignés pour cela. Mais pourquoi sortir ce disque aussi vite ? Je sais bien que les fêtes approchent et que les musiciens de jazz ont aussi des frais, mais ces quatre-là ne sont pas les plus nécessiteux. Avaient-ils à ce point besoin d’argent ? Craignaient-ils de se faire griller la politesse par des nécrophages plus prompts ? Bref, ils ont fait le service minimum et c’est insultant pour la vedette immense et l’homme de cœur que fut Nougaro. Une liste de standards adaptés avec le talent que l’on sait par le chanteur qui a vraiment fait et réussi une œuvre de popularisation noble du jazz : les titres français suivent (car c’est eux que le grand public connaît, ne nous y trompons pas !). « A bout de souffle » (ah ! le « je t’aime » essoufflé, qui ne s’en souvient ?), « Dansez sur moi » (quel putaing de slow pour emballer les nanas l’été !), « Mon disque d’été » (même chose), « Autour de minuit », « Sing sing song » (tout le monde voit encore le batteur sur la chaise électrique, tant le verbe du poète est évocateur !), « Armstrong », « A tes seins »... Ce qui ne demande à des musiciens du calibre des lascars en question aucune vraie répétition, car ce sont des standards extrêmement connus : on rentre en studio, deux jours de prises et c’est dans la boîte ! Pour faire bonne mesure on incorpore deux compositions « in memoriam » (ce sont deux morceaux assez réussis mais faciles, faciles...), deux versions de « O Toulouse », une jazzy pour ouvrir et une plus variété pour fermer. Et les créations de Claude là-dedans ? Deux titres seulement : « C’est ça la vie » et le formidable « La pluie fait des claquettes », tous deux composés par Maurice Vander. Et c’est tout ! Même pas de dédicace, pas de livret, que dalle ; achetez, y a rien à lire !

On autorisera l’auditeur un peu connaisseur à l’avoir en travers de la gorge ! C’est du boulot bâclé, à la limite de l’escroquerie. L’ auteur de ces lignes se souvient en juillet 2003 avoir participé au Colloque du festival de Monségur et avoir entendu Lubat flinguer les musiciens qui faisaient des CD à tour de bras alors que la musique se crée sur scène. Que ne s’est-il appliqué ce salutaire principe ! Car on était en droit d’attendre quelque chose de plus ambitieux de la part de telles pointures du jazz ! et de plus respectueux de l’oeuvre de Nougaro . En écrivant ceci, je songe au superbe disque qu’a livré Joël Favreau pour le vingtième anniversaire de la mort de Georges Brassens, dont il avait été l’accompagnateur inspiré, sobrement titré « Salut Brassens », et ou il a choisi des titres peu connus du grand public pour voisiner avec des classiques, dans une formule de duo insolite et recherché. Voilà un vrai et bel hommage. Mais il a mûri vingt ans. Là, Le cadavre bouge encore que les charognards arrivent ! Au moment où j’écris cet article (un peu courroucé, vous le sentez !) sort le dernier disque, posthume, de Claude Nougaro, « La note bleue », dont vous trouverez également une critique dans le dossier sur le chanteur. Comment ne pas comparer les deux et trouver la zizique à Maurice, Eddy... bien falote et pour tout dire presque insipide à force d’être banale. Allez, tout le monde a droit à l’erreur, mais comme on dit dans le Sud-Ouest, ça c’est quand même « un belle connerie », cong ! Cela dit si vous aimez la musique d’ambiance, pour prendre l’apéro-jazz, c’est tout à fait indiqué.

Jean-Michel Dauriac

Hommage à Claude Ô Toulouse - Louiss, Vander, Lubat, Trussardi - Futur Acoustic - 2004

Publié dans « Culture, et vous ? » numéro 2 et sur le site




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