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Stéphane Mazurier trio live au Satin Doll de Bordeaux

Publié le dimanche 26 mars 2006

Stéphane Mazurier trio, live au Satin Doll de Bordeaux

C’est un samedi soir frisquet du mois de mars. Cette année l’hiver fait de la résistance. Mais le ciel est clair, on voit la voûte étoilée. Alors pourquoi pas sortir ? Pour quoi pas aller écouter des musiciens bordelais jouant du jazz ? Direction la rue Bourbon, le bar-club jazz le « Satin Doll ».

Premier énorme avantage : facile de se garer quand on va là-bas, puisqu’on est dans les quartiers périphériques de la ville. Ce qui est sans nul doute un inconvénient pour la fréquentation du club, mais qui m’arrange, puisque je viens de la campagne ! Second bonus : aucun problème pour choisir notre place dans la salle du club : à part deux femmes finissant de manger, et qui sont visiblement des amies des musiciens, il n’y a personne ! Troisième avantage : on évitera sans trop de souci le tabagisme passif ce soir, et c’est important quand on va écouter du jazz, qui se joue souvent dans des salles petites et mal ventilées, avec un public qui se moque comme d’une guigne que des spectateurs soient non-fumeurs ! Bon, à la fin de la soirée, quand le second set s’achèvera, nous serons une vingtaine à applaudir très fort les musiciens.

Eux, ils donnent tout, sans trop donner l’air de se soucier du volume de l’assistance. En fait, quand on est musicien, on y est sensible ; on s’en sort en disant entre nous qu’on a fait une répét en public ! Mais jouer devant un public très clairsemé n’est jamais très agréable. Dans le jazz, l’avantage, c’est qu’on a l’habitude ! Ce n’est pas une musique de masse, c’est le moins que l’on puisse dire. Il y a même de quoi être circonspect quand le public est nombreux (1) . Mais de là à être assez maso pour souhaiter jouer pour des chaises, il y a un pas. Ce qui est sûr, c’est que ce soir-là, le public est peu nombreux, mais il est chaleureux et ne ménage pas ses applaudissements.

Ce trio est mené par Stéphane Mazurier, un pianiste trentenaire, qui a un bon bagage musical et de bonnes admirations. Quand il joue, comment ne pas penser à la famille des mélodistes-harmonistes, au premier rang desquels, il faut placer Bill Evans et ensuite Michel Petrucciani. Ses chorus tissent toujours une toile de fond dense d’accords sur lesquels se posent des excursions contrôlées. En référence bordelais, Stéphane Mazurier me fait beaucoup penser à Francis Fontès, le pianiste de l’Affinity quartet. C’est donc évidemment dans les ballades et les tempo médium qu’il sera le plus expressif. Le répertoire choisi le favorise justement. Beaucoup de grands standards, d’autres moins célèbres, comme « Beautiful love », avec un arrangement intéressant. De la belle ouvrage et suffisament de variété de jeu pour qu’on ne s’ennuie jamais dans les presque deux heures qu’ont offertes les deux sets.

La rythmique est solide est efficace, mais pas seulement. Il y a de la nuance, de la finesse. A la batterie, Stéphane Desplats, batteur expérimenté qui a parcouru les scènes d’Europe, sait offrir toute la palette du jeu de batterie. Il démarre sur un jeu plutôt jazz-rock (un peu fort sur le premier morceau où le piano est trop en arrière), puis enchaîne sur tous les styles au fur et à mesure du répertoire. La pulsation est là, bien rassurante dans sa régularité, comme un cœur de sportif, qui bat sans souci. Tellement agréable pour des musiciens solistes d’avoir un tel appui rythmique. A la basse et à la contrebasse, Sébastien Charierras. Un musicien tellement discret qu’on arriverait à oublier la précision de son jeu et sa capacité à user de l’harmonie sur les chorus. Il fera deux ou trois démonstrations remarquables en ce sens. Les lignes de basses sont sobres, carrées, complétant l’architecture ryhtmo-harmonique sur laquelle le pianiste peut construire ses promenades sans souci.

Le répertoire alterne morceaux lents de type ballade et morceaux plus rythmés, dont quelques latin-jazz. L’amateur y reconnaît des grands classiques. Au milieu, discrètement, le pianiste glisse une ou deux compositions qui confirment son goût et ses affinités. La complicité du trio est évidente, en particulier la section rythmique, qui se trouve les « yeux fermés » au sens propre du terme, tant ils n’ont pas besoin de se regarder pour se comprendre et jouer en fusion. Tout musicien comprendra ce que cela veut dire ; pour les autres, je précise que le bassiste et le batteur étant les métronomes du groupe, il est habituel qu’ils se placent l’un près de l’autre et de manière à se voir pour échanger de très fréquents regards et signes pour maintenir la cohésion ou la retrouver. Ici, pas besoin, ça tourne sur la connivence très travaillée. Deux heures de musique, des musiciens qui sont généreux et visiblement heureux d’être là et de partager avec nous cette soirée. Un très bon moment de qualité.

Le froid sec nous pince le visage en sortant, mais il a moins de prise sur nous qu’à l’aller : nous avons chaud au cœur de cette musique de liberté que le trio vient de nous donner. C’est notre petit trésor du soir, à nous de le faire fructifier et d ‘entretenir la flamme. Le jazz est surtout une manière de vivre et de voir le monde. Souviens-t-en camarade !

Jean-Michel « jazzbass » Dauriac

1 Je pense à un concert de Peter Cincotti au Fémina, à Bordeaux. Une observation attentive du public et de ses réactions prouvait qu’il n’était pas du tout connaisseur (ce qui n’est pas un crime !) mais qu’il avait l’impression d ‘assister à un concert de jazz, ce qui lui donnait la sensation d’appartenir à ce cercle des élites musicales un peu marginales, le bobo adorant cela. Dommage, Cincotti, c’est de la variété jazz, pas du jazz ! Les commentaires saisis à la sortie ont confirmé cela.

Photographies de Catherine Dauriac - droits réservés




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